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Comment aborde-t-on
l’enseignement du jazz ? Si l’on revient aux origines de la musique, on a toujours commencé à jouer avant defaire avancer les choses, ce n’est que par la suite que l’on s’attache à élaborer différentes théories. Or aujourd’hui on suit la démarche inverse, c’est à dire commencer par la théorie, ce qui est dommageable pour la spontanéité et la liberté de la musique. En réalité, on ne rentre dans un apprentissage efficace, dont on profite vraiment, qu’après avoir joué …
Je voudrais aussi revenir sur le terme "d’enseignement", "transmission" serait plus adapté. On ne cherche pas à rendre les gens dépendants mais plutôt à leur donner les moyens de s’exprimer par eux mêmes. Il ne s’agit pas de les installer dans un moule en leur distribuant un enseignement figé voire sclérosé. On a affaire à des êtres humains, par essence tous différents qui ne vont pas réagir de la même façon et notamment dans l’improvisation. C’est pourquoi cette transmission est en réalité interactive et requiert à la fois un investissement total de l’élève et une adaptation voire une remise en question continuelle de la part du professeur. On pourrait d’ailleurs plutôt qualifier ce dernier de "" guide "" (moins répressif dans sa représentation). Ce n’est pas un enseignement passif mais un chemin à deux. Comment peut-on enseigner quelque chose qui se fonde essentiellement sur l’improvisation ? et en tant qu’autodidacte, comment expliquez vous cette contradiction ?
C’est un fait que d’être autodidacte m’a un peu freiné au début, j’ai tâtonné et perdu du temps et c’est vrai que je suis en quelque sorte devenu le professeur que moi même je cherchais… Mais pour revenir sur cette idée que "" l’improvisation ne pourrait pas s’enseigner car elle perdrait sa spontanéité "", c’est un peu une image d’Epinal. C’est une musique qui existe déjà depuis un siècle et qui s’appuie sur des théories qu’il convient néanmoins d’expliquer au préalable pour que les gens puissent voler de leurs propres ailes. Je pense qu’il y a quelque chose de très important, c’est d’apprendre le langage c’est à dire comprendre comment et avec quels moyens les musiciens s’expriment. Or cela passe par une analyse, une interprétation des relevés des improvisations et pour cela il faut avoir un minimum de connaissances. Que pensez-vous de travailler les relevés ? Je suis assez hostile au fait de travailler des relevés qui n’ont pas été faits par soi même. Pourquoi ? A mon avis les livres de relevés n’ont pas grand intérêt car c’est la facilité, voire une certaine forme de passivité. En effet cela se lit comme une partition mais il manque l’interprétation qui reste néanmoins fondamentale. En réalité je pense qu’il faut d’abord écouter, passer par une phase d’imitation, c’est à dire rejouer le relevé avant de l’analyser. A quel âge vaut-il mieux commencer le jazz ? Je dirais que l’adolescence, c’est pas mal. Plus tôt, c’est difficile d’amener de jeunes enfants à la pratique de l’improvisation. Leur personnalité future n’est pas encore assez affirmée, assez nette pour qu’on puisse vraiment les responsabiliser, les renvoyer à eux mêmes. Ce n’est pas évident. L’adolescence est plus propice, car si l’enfant est encore un peu trop brouillon, l’adulte va chercher à tout intellectualiser, rationaliser, ce qui va tuer toute création. Le drame de l’adulte c’est de se poser mille questions avant de jouer une note… Comment gérez vous l’aspect un peu rébellion des "" ados en crise "" ? C’est vrai que parfois ils me détestent au bout d’un an (rires)… Mais en réalité c’est une période qui peut être très fertile car les ados sont entiers, ils peuvent tout rejeter en bloc ou s’investir à corps perdu dans la musique. La transmission du jazz se limite-t-elle au simple enseignement musical ? L’intérêt de cette musique c’est la rencontre avec des gens et la prise de risques. C’est comme ça que cette musique a évolué ; par des chemins de traverse et par extension, cela se répercute dans l’enseignement. Mais de là à dire que c’est une ""philosophie"" de la vie c’est peutêtre un peu exagéré …
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